Un symbole de richesse exotique

Alexandre Le Grand fut le seul dirigeant européen à établir une présence militaire en Inde avant la Renaissance. Au vu de la brièveté de cette incursion, les marchandises de luxe d’Asie qui arrivaient par la route de la soie ont fait rêver la Rome Antique. Les perroquets qui en faisaient partie furent donc associés aux merveilles de la royauté et de la spiritualité orientale.

Dans les sociétés antiques, les perroquets sont devenus marqueurs de privilèges, associés aux rois et aux empereurs. Leur présence était un élément typiques des cérémonies publiques et royales. L’une d’entre elle a particulièrement marqué.

En -285 Ptolémée (héritier de la partie égyptienne de l’empire d’Alexandre Le Grand), a voulu partager son royaume avec son fils Ptolémée II. A cette occasion, un gigantesque spectacle eut lieu. Parmi l’encens, les tissus fastueux et le banquet, se tenaient un ensemble de domestiques tenant des perroquets en cage. Ils participaient au luxe ostentatoire de la réception mais avaient également un visée politique: signifier une lignée entre Ptolémée II et Alexandre Le Grand.

Cette tendance à inclure les perroquets au sein des cérémonies se poursuit au Moyen-Âge… mais sous la forme de motifs textiles qui investissent les tissus les plus riches et les tuniques de cérémonies les plus somptueuses. Les chasubles sacerdotales brodées de perroquets témoignent de l’importance de cet animal dans les rituels sacrés du Moyen-Âge.

A la Renaissance, le perroquet est représentatif de la prospérité de la frange la plus haute de la société

Jan Davidzoon, Nature morte avec perroquets, fin des années 1640, huile sur toile, 150,5 x 117,5 cm, John and Mable Ringling Muséum of Art, Sarasota (Floride)

Cette nature morte est un exemple de la visée ostentatoire qu’implique la possession d’un tel oiseau. Ici, deux perroquets – un gris d’Afrique de l’Ancien Monde et un ara du Nouveau Monde – sont présentés parmi une profusion d’autres biens exotiques comme des citrons du sud de l’Europe ou des coquillages rares des Indes orientales et occidentales. Cet étalement de richesse est comme un microcosme des territoires récemment connus et dominés à l’époque sur lesquels les puissances européennes (ici, les Pays-Bas) vont bâtir leur prospérité.

 

Ce sont également des symboles d’érudition et de richesse. Leur présence dans l’art  du XVIIème siècle témoigne du mode de vie des élites sociales et culturelles.

Sur ce tableau, le perroquet est un élément du décor et se tient à l’arrière plan. Sa présence n’est pas anodine et renforce l’atmosphère de sérénité luxueuse dans laquelle s’inscrit cette scène. L’animal n’est pas enfermé dans une cage mais semble alangui, les paupière lourdes et les ailes rassemblées. Ce comportement est inhabituel chez ces espèces souvent agitées, en particulier en présence d’étrangers.

Ainsi, la présence du perroquet ajoute à l’harmonie palpable de ce foyer aisé.

Au XVIIIème siècle, les perroquets sont arborés fièrement sur les portraits aristocratiques comme un accessoire de mode. Leur statut d’animal divertissant, inutile, en opposition à la masse des animaux de bétail, les renvoient à ce qui relève du divertissement, de l’ornemental. Cette possession valorise les propriétaires, suffisamment riches pour s’adonner à de oisives occupations.

A cette époque le perroquet est un sujet populaire pour les sculpteurs de porcelaine européens qui imitent les manufactures chinoises. La manufacture allemande de Meissen en a même fait sa figurine emblématique, le « modellmeister » s’inspiraient des oiseaux conservés à la volière royale du château de Moritzburg. Toutefois, l’objectif est ici purement décoratif et se décharge d’exigence naturalistes. 

L’exotisme du perroquet se révèle encore au XVIIIème siècle dans des inspirations orientalistes.

Le saviez-vous

L’orientalisme

C’est un mouvement littéraire et artistique qui résulte de l’intérêt et la curiosité des artistes pour les pays du soleil couchant (Maghreb) et du Levant (Moyen-Orient). Il nait de la fascination pour l’empire Ottoman, se développe avec les colonies Cette esthétique pittoresque confondant souvent les styles, époques et civilisations a crée de nombreux clichés et poncifs qu’on retrouve encore aujourd’hui. En 1978, le théoricien Edward Saïd a présenté l’orientalisme comme un artifice permettant aux puissances coloniales d’appuyer leur domination.

A différentes époques, les perroquets ont représenté la possession de l’ailleurs, comme une vitrine de la domination occidentale sur d’autres peuples. À ce titre, sur les peintures des XVII et XVIIIème siècles, les perroquets accompagnant leur maître ou leur maitresse sont souvent également représentés au côtés de domestiques indiens ou africains.

Le perroquet, stimulateur de croyances et d’imagination

Un animal sacré…

Chez les populations indigènes :

Pour les peuples mayas, le perroquet avait une forte valeur symbolique liée au feu, au soleil et son énergie. C’est encore le cas pour certains peuples brésiliens qui ont une forte ascendance symbolique.

Certaines tribus de régions colombiennes se servaient de l’ara rouge dans leurs rites et pratiques mortuaires
Pour certaines ethnies d’Amérique latine comme les Bororos cet oiseau fait partie du cycle de la transmigration des âmes: c’est-à-dire que les âmes peuvent se réincarner de façon provisoire dans un corps de perroquet. Ils s’identifient à des aras rouges.

Les Enawenê-nawê, autre peuple du Brésil, s’ornent de coiffes faites de plumes de perroquet lors de cérémonies festives. La coiffe représente un soleil modéré, ni trop chaud ni trop froid, qui assure les conditions propices à la vie terrestre.

Les perroquets et aras sont en effet les seuls animaux de compagnie que les Enawenê-nawê admettent dans leurs maisons. Ces oiseaux sont soigneusement traités: chaque nuit, leurs maîtres vont les chercher dans les arbres à l’arrière de leurs maisons pour partager avec eux leur repas et les faire entrer dans leurs chambres.

Quand les aras et les perroquets meurent, ils sont enterrés en-dessous de leur perchoir préféré a l’intérieur de la maison, tout comme les hommes sont enterrés sous le hamac dans lequel ils dormaient avant leur décès.

Toutefois, les Enawenê-nawê n’accordent pas le même traitement à tous les psittaciformes. Les amazones sont considérés proche des humains et incarnent des valeurs morales qui sont au fondement d’une vie sociable et paisible. En revanche, les aras bleus (Ara ararauna) sont tués pour leurs plumes et car ils sont considérés comme des animaux méchants, agressifs et bruyants.

Au Congo, les mères Punu qui ont eut des jumeaux portaient autrefois deux plumes rouges de la queue du perroquet gris fixées de chaque côté du front comme signe distinctif. En effet les jumeaux sont vénérés comme des génies de l’eau.

Le perroquet médiéval: quasi divin

Au Moyen-Âge le perroquet est très peu présent physiquement comme animal de compagnie. Mais ils occupent une grande place dans l’imaginaire.
L’oiseau rare est élevé à un rang quasi-divin: on lui attribue des dons prophétiques et il trouve une place notable dans l’iconographie religieuse.

Les populations européennes du Moyen-Âge, très chrétiennes, pensaient que le perroquet avait une origine sacrée.

Voici la carte d’Ebstorf. Il s’agit de la plus ancienne carte européenne représentant le monde. Ici il est découpé en trois continents connus à l’époque: l’Europe, l’Asie et l’Afrique. La faune et la flore de chaque régions, parfois mythique ou semi-mythique, sont représentées. Le perroquet est représenté dans la partie Est de la carte (en haut à droite) où se trouve également le Jardin d’Eden. Cela confirme la tradition antique qui voit uniquement cet oiseau comme indien tout en lui conférant une origine sacré: le paradis terrestre.

Le perroquet fait partie des oiseaux les plus courants dans les manuscrits illuminés médiévaux, même quand il n’est pas mentionné dans le texte. On les retrouve comme élément ornemental ou dans les illustrations des épisodes bibliques.

Le saviez-vous

Le bestiaire

Les bestiaires sont des sortes d’encyclopédies zoologiques où se mêlent animaux réels et imaginaires. Les enlumineurs qui illustrent ces manuscrits rendent grâce au Créateur en peignant les merveilles du monde animal. Les animaux ont un rôle symbolique: des personnalités et des sentiments comparables à ceux des hommes leurs sont assignées dans le but d’édifier le chrétien.