LES FAISANS DU VIETNAM

Les recherches taxonomiques entreprises à Clères concernent les faisans du genre Lophura et plus particulièrement les faisans du centre Vietnam : faisan d’Edwards (Lophura edwardsi), faisan impérial (Lophura imperialis) et faisan de Voquy (Lophura hatinhensis).

Ces recherches font suite à celles entreprises par Jean Delacour, fondateur du parc, lors de ses  expéditions en Indochine française. Il y avait découvert le faisan impérial dont il avait rapporté, un couple vivant à Clères. Cette espèce n’a jamais été revue depuis. Il avait également importé des faisans d’Edwards, les seuls fondateurs de la population captive mondiale.  Cette espèce est probablement éteinte dans la nature au Vietnam aujourd’hui.

Or, des années plus tard, au début des années 70’, une nouvelle espèce très proche des deux précédentes est découverte, le faisan de Voquy.

Mâle faisan Edwards (Lophura edwardsi)

Mâle faisan de Voquy (Lophura hatinhensis)

Mâle faisan impérial (Lophura imperialis) obtenu par insémination artificielle

Ces trois faisans sont morphologiquement très proches les uns des autres et partageant des habitats semblables dans le centre Vietnam dans les forêts humides et denses de basse altitude.

S’agit de 3 espèces différentes, ou bien la proximité géographique a-t-elle provoqué des croisements entre ces espèces ?

Ce point est particulièrement important du point du vue de la conservation aussi bien pour limiter les efforts humains et matériels que pour définir exactement l’espèce à sauver et les actions à entreprendre.

Des recherches ont été menées à Clères, en collaboration avec des chercheurs français, italiens et américains ainsi qu’avec  l’EAZA (association européennes et zoos et aquariums) et le milieu des éleveurs privés de faisans (WPA) pour préciser les positions dans la classification du vivant du faisan impérial et du faisan de Voquy. Les méthodes utilisées sont au nombre de trois :

Les études morphologiques permettent de comparer les plumages d’oiseaux vivants ou des peaux conservées dans les musées. Nous avons ainsi pu examiner les peaux des oiseaux rapportés par Jean Delacour dans le premier tiers du XXe siècle, ainsi que des dizaines de spécimens vivants de faisans d’Edwards et de Voquy élevés dans les parcs zoologiques ou chez des éleveurs privés.

Les analyses génétiques permettent de séquencer l’ADN à partir de sang, de plumes ou de prélèvements effectués sur des peaux de musée. Les séquences obtenues peuvent être comparées entre elles et permettent de retracer des filiations ou de préciser des parentés.

Enfin nous avons obtenu des résultats importants grâce à l’insémination artificielle qui a permis de croiser en captivité des espèces qui ne se seraient pas forcément appariées en volière.

Les méthodes utilisées, ont permis de réduire le trio d’espèces à une seule espèce, le faisan d’Edwards. Le faisan impérial est un hybride naturel entre le faisan d’Edwards et le faisan argenté apparu dans un habitat dégradé et morcelé. Il ne s’agit pas d’une espèce à proprement parler. Le faisan de Voquy est une forme dégénérée du faisan d’Edwards due à la consanguinité apparue dans des vestiges forestiers où des micropopulations de faisans d’Edwards vivaient en vase clos sans possibilité d’échanges génétiques.

Ces recherches ont permis de développer, à Clères, des recherches annexes, sur la phylogénie du genre Lophura ou sur l’insémination artificielle chez les faisans.


LES CONSÉQUENCES DE LA DÉFORESTATION

Ces travaux ont mis en lumière les effets néfastes et pernicieux de la déforestation, de la destruction et du morcellement de l’habitat. La forêt a été détruite d’abord par plus de trente années de guerre et l’utilisation d’agents défoliants par les troupes américaines, puis par la déforestation liée à l’extension agricole et à la croissance démographique.

Des efforts ont été faits pour retrouver des spécimens vivants mais les résultats ont été très décevants. Aucune observation n’a été faite depuis vingt ans, cette espèce est donc probablement éteinte à l’état sauvage.

Forêt de Khe Nuoc Trong, site de réintroduction sélectionné au Vietnam

La conservation du  faisan d’Edwards passe par la sauvegarde des derniers lambeaux de forêt humide et la réintroduction d’individus issus de la population captive. Il s’agit de projets longs, coûteux, exigeant des efforts humains considérables. Préparer des oiseaux pour vivre en liberté est un vrai challenge : ils doivent savoir trouver leur nourriture seuls, élever leurs jeunes, se protéger des prédateurs… C’est pourquoi les travaux actuels de recherche, auxquels le Parc de Clères participe, visent à sélectionner des reproducteurs de haute qualité. A cet effet, une collaboration internationale s’est mise en place sous l’égide de VietNature, du Zoo de Hanoi, de la World Pheasant Association et de l’EAZA avec l’appui de BirdLife International.