L’électrophorèse des protéines du sang

Cette recherche vise à renforcer les connaissances sur l’électrophorèse des protéines chez les oiseaux de manière à en faire un outil de diagnostic. L’approche sanitaire est primordiale pour une bonne gestion de ces espèces en captivité et une possible réintroduction dans la nature.

 LA MALADIE CHEZ L’OISEAU

Les oiseaux ont tendance à camoufler leurs symptômes, ce qui rend le diagnostic précoce d’une maladie plus difficile que chez d’autres animaux comme les mammifères par exemple. De plus, les examens biochimiques permettant de détecter une inflammation sont rarement développés chez l’oiseau et parfois difficilement utilisables.

C’est pourquoi l’électrophorèse, à l’origine développée pour le diagnostic chez l’humain, s’avère très utile dans notre cas.

Électrophorèse d’un animal sain à gauche, malade à droite

En effet, lors de l’inflammation, l’organisme réagit en fabriquant un certain nombre de protéines inflammatoires et des anticorps. La quantification des protéines du sang permet de mettre en évidence une inflammation et d’estimer sa gravité et sa durée d’évolution. L’électrophorèse des protéines permet donc de diagnostiquer précocement et simplement l’état inflammatoire chez l’oiseau.

METHODOLOGIE DE L’ÉLECTROPHORÈSE DES PROTÉINES DU SANG

L’électrophorèse est une méthode de séparation des macromolécules biologiques (protéines, ADN, ARN, amidon…) par migration sur un gel sous l’effet d’un champ électrique.

Une fois déposées dans les puits du gel d’agarose, les protéines migrent vers l’électrode de signe opposé à une vitesse qui dépend surtout de leur charge électrique. Cette opération, s’appliquant à un ensemble de protéines chargées différemment, entraîne la séparation de ces protéines.

Le gel est ensuite rapidement séché puis coloré, ce qui permet de visualiser les bandes correspondant à un ensemble homogène de protéines.

principe de l’éléctrophorèse

gel coloré

Ce gel est ensuite scanné et traité par un logiciel qui construit la courbe d’électrophorèse, en partant du principe qu’une bande constitue un pic et un espace non coloré, un creux. La protéine la plus abondante dans le sang est l’albumine (Alb). Les globulines contiennent entre autres des protéines inflammatoires (α1 et 2) et des anticorps. Le rapport entre ces deux catégories de protéines permet de mettre en évidence ou une inflammation chez l’oiseau.

Distinction entre l’albumine (en bleu) et les globulines (en jaune) sur l’électrophorégramme

Si l’utilisation de l’électrophorèse des protéines est relativement simple, de nombreuses questions restent en suspens concernant l’interprétation fine des courbes.

LA RECHERCHE SUR L’ÉLECTROPHORÈSE DES PROTÉINES CHEZ L’OISEAU AU PARC DE CLÈRES

Les oiseaux constituent un groupe d’animaux très vaste et diversifié, et cette diversité se retrouve dans l’aspect de leurs courbes d’électrophorèse. Chaque espèce d’oiseau présente un profil électrophorétique qui lui est propre. Il faut donc être prudent dans l’interprétation des courbes d’une espèce que l’on ne connait pas.

De plus, de nombreux paramètres physiologiques ou artificiels peuvent modifier les électrophorégrammes des individus. Les épisodes de mue et de ponte entraînent par exemple une augmentation du taux de protéines dans le sang. Les recherches menées à Clères montrent que si la mue n’a qu’une incidence mineure sur les résultats d’analyse, la ponte peut entraîner des erreurs d’interprétation dont il faut tenir compte.

poule pondeuse (Gallus gallus), en bleu avant la ponte, en noir pendant la ponte.

De plus, même si l’hémolyse* et la lipémie** affectent la qualité des prélèvements. Les recherches ont montré que seule l’hémolyse entraîne des erreurs d’interprétation dont il faut tenir compte.

*L’hémolyse est une libération l’hémoglobine dans le sang par la destruction des parois de globules rouges lors de la manipulation

**La lipémie est la présence dans le sang de lipides, après le repas, par exemple.

CONCLUSION

Ces travaux ont permis d’affiner l’interprétation des électrophorégrammes en prenant en compte l’état physiologique de l’animal à un moment donné (ponte, mue…).

Néanmoins, il reste d’autres paramètres à étudier comme la croissance, la couvaison, le stress…, en se basant sur un nombre plus large d’espèces d’oiseaux afin d’affiner les résultats.

Cela ouvre de nouvelles perspectives intéressantes et bien sûr conduit à de nouveaux questionnements, principe même de l’avancée de la science…