Centenaire, le parc de Clères le sera en 2019 et le Département de la Seine-Maritime, propriétaire du site a prévu de nombreux évènements pour fêter cet anniversaire. Quand Jean Delacour achète le domaine de Clères en 1919, il vient de perdre son château de Villers-Bretonneux en Picardie, théâtre de la tristement célèbre bataille de la Somme. Dans le parc de ce joli manoir du XIXe siècle, il avait déjà aménagé plusieurs parquets et enclos pour accueillir différentes espèces d’oiseaux. « Villers et Clères, chacun à son tour, ont été pour moi d’une importance capitale. Ils ont été, à la fois, l’inspiration et le résultat tangible de beaucoup d’années de labeurs incessants. » dit-il dans ses mémoires. Et cependant « Clères remplaça encore plus Villers, car je l’avais transformé personnellement (…) J’avais besoin de l’espace, de l’isolement et de la tranquillité d’une propriété de campagne pour fournir un cadre agréable aux belles choses que je cherchais à rassembler, pour en jouir, pour les étudier et les préserver ».
Sur certaines photographies de Villers-Bretonneux, on retrouve le même style de volières que les volières de Clères, aujourd’hui appelées volières Jean Delacour. Avec l’aide de Henry Avray Tipping, paysagiste anglais de la mouvance Arts and Crafts, il fait aménager les jardins et crée des espaces entièrement dédiés aux animaux tout en réservant certaines parties à ses collections botaniques. Le parc de Clères était né.
Pendant les années 1920 et 1930, Jean Delacour accueille de nombreuses personnalités, têtes couronnées, scientifiques ou écrivains… Le gouvernement lui demandait également de recevoir quelques fois des hôtes officiels ou des congrès. « Je pensais que c’était mon devoir de les accueillir ». Sur place, le naturaliste se fait aider par un personnel compétent et dévoué. Francis Fooks, était le responsable du parc en l’absence de Jean Delacour. Il est devenu véritablement le directeur après la guerre tandis que Jean Delacour travaillait aux Etats-Unis. Le château de Clères ne voit son propriétaire que quelques mois dans l’année. Ce dernier partait en effet en expédition de 3 à 6 mois par an. L’Indochine aura sa prédilection. Il en fera un inventaire ornithologique détaillé qui, encore aujourd’hui, est une référence.

Avec la guerre, tout recommencer.

En 1939, un incendie est déclaré dans le château affectant énormément la toiture, mais surtout la bibliothèque et les archives du domaine. L’ensemble des boiseries, et plafonds à caissons disparaissent. Des réparations de fortune sont effectuées, et la seconde guerre mondiale éclate laissant le domaine aux mains des forces occupantes. Durant cette sombre période, l’ensemble des animaux périssent, chassés pour être mangés.
Les bombardements alliés marquent le paysage du parc mais n’engendrent que peu de dégâts. A la libération, le château est temporairement transformé en hôpital militaire, la grille d’entrée, massive est renversée par un char.
Une infirmière de l’armée britannique, amie de Jean Delacour, lui envoie une description du village et de l’état du château. Francis Fooks parti en Angleterre pendant l’occupation, revient à Clères et s’attaque à un état des lieux très précis des travaux à effectuer. Dès lors, les réseaux s’activent pour repeupler Clères. Hubert Astley, Alfred Ezra, ou John Lewis participent en envoyant des jeunes oiseaux issus de leurs collections, tandis que Delacour transfère certains animaux directement depuis les États-Unis.
En 1947, l’heure de la réouverture a sonné et un appel à souscription est lancé. L’entrée du parc sera payante.

Des films amateurs tournés entre les années 1930 et 1960 nous montrent un visitorat familial nombreux et intrigué par ces animaux exotiques. Les chemins de fer nationaux feront même éditer une affiche qui est conservée aujourd’hui aux Archives Départementales de la Seine-Maritime et qui était diffusée dans les années 1930 dans tout l’ouest français.
En 1966, Jean Delacour, retraité de son poste de directeur du Muséum du comté de Los Angeles laisse la gestion de son zoo au Muséum National d’Histoire Naturelle. Le manoir reste sa résidence estivale. Il reviendra avec plaisir chaque année au parc jusqu’à sa mort en 1985. Avec le Muséum, le parc garde le cap de la recherche scientifique et développe la conservation. Clères obtient une réputation scientifique d’excellence. A sa mort, Jean Delacour lègue Clères au Muséum qui en assurera la gestion jusqu’en 1989.

Aujourd’hui, un site départemental

A partir de cette époque, le Département de la Seine-Maritime entre en jeu et prend le rôle de gestionnaire. Durant les années 2010, d’importants travaux sont effectués et des procédures de classement sont mises en route. La propriété du site est finalement transférée à la collectivité territoriale en 2013 et le château est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2017.
Le parc animalier et botanique de Clères au terme de son premier siècle, a toujours pour missions la conservation, l’éducation et la recherche. Il est un des sites touristiques majeurs de la Seine-Ma­ritime et participe à l’attractivité de son territoire.
En plus d’une programmation dense qui, chaque année, occupe 80 journées sur 35 semaines d’ouverture, le parc s’engage dans des projets annuels avec les établissements scolaires et reçoit près de 5500 élèves par an parmi les 100 000 visiteurs annuels. Au regard de cette fréquentation, le parc de Clères figure comme l’un des petits poucets des zoos Français, toutefois, grace à sa renommée et son histoire, il fait partie des pionniers.

En terme de collection, le parc de Clères compte environ 1400 animaux dont un millier en liberté. Jean Delacour fut d’ailleurs l’un des  précurseurs de ce principe avec Antoine de la Panouse créateur du zoo de Thoiry. Les collections animales actuelles ont été constituées en respectant les souhaits de Jean Delacour. Les grands mammifères ne seront jamais présentés au parc. La dominante est ornithologique avec quelques espèces de primates et de petits mammifères (wallabies, antilopes, pandas…). Ces choix de collections sont tous orientés dans un objectif de conservation des espèces. Le parc arboré de 13 hectares (pour la partie ouverte au public) comporte plusieurs essences rares. Le parc paysager est plus ancien que le zoo puisqu’il a été conçu par Busigny à la demande du comte Hector de Béarn dans les années 1850. Le comte de Béarn est un personnage très important de l’histoire du domaine ainsi que Georges IV qui, au début du XVIe siècle, fit reconstruire le château dans le style Renaissance.

Des projets d’avenir

Entre 2019 et 2023, le Département de la Seine-Maritime envisage plusieurs investissements à grande échelle pour assurer l’avenir du site. Dans un contexte concurrentiel, aucun zoo ne peut survivre sans investir dans des nouveautés ou des aménagements de visites. Parmi les projets, un bâtiment d’accueil avec un parvis sécurisé où l’on retrouvera boutique et salles pédagogiques. Cet espace reprend l’emplacement de l’ancien bar-tabac et la graineterie. Le projet de ce bâtiment intégré dans le patrimoine clérois a été confié à l’architecte Bruno Saas du cabinet « les ateliers de Saint Georges ».